La généalogie génétique


Compte rendu de la conférence donnée le 16 janvier 2019 par Marc Van den Cloot & Jean Tillieux


Préliminaires

La notion d’haplogroupe est essentielle en généalogie génétique. Il s’agit d’un groupe humain correspondant à une lignée ancestrale distincte. Les haplogroupes sont divisés en plusieurs niveaux de sous-clades qui forment un arbre généalogique génétique. Il est possible de visualiser la distribution géographique actuelle des haplogroupes.

Ces derniers sont de deux sortes :

  • les haplogroupes Y-ADN définissant le chromosome Y hérité de père en fils (ancêtres de la lignée patrilinéaire),
  • les haplogroupes de l’ADN mt (mitochondrial) toujours hérité de la mère.

Coupe schématique d’une cellule eucaryote

Coupe schématique d’une mitochondrie

Chromosome Y (mâle) avec mise en évidence de quelques loci

Les haplogroupes Y-ADN sont utiles pour déterminer si deux individus apparemment non-apparentés, mais portant le même nom de famille, descendent bel et bien d’un même ancêtre dans un passé pas trop lointain (3 à 20 générations). Des tests de SNP (variations génétiques humaines) permettent de retracer les origines ancestrales beaucoup plus lointaines et ainsi identifier le groupe ethnique antique de nos ancêtres (celtique, germanique, slave, gréco-romain, ibérien, juif, etc).

En génétique humaine, l’haplogroupe R1b et son sous-groupe R1b11269 sont très fréquents en Europe de l’Ouest (70 à 90% et même plus) et, par les émigrations européennes, en Amérique du Nord, du Sud et en Australie.

Répartition de l’haplogroupe R1b

Exposé

Voici dix ans, démarrait le DNA-Project Oud-Hertogdom Brabant, réalisation commune de Familiekunde Vlaanderen et du Département de Génétique Humaine de l’Université de Louvain. À ce jour, depuis le début de cette belle aventure, on recense 1713 participants. Statistiquement, c’est une incontestable réussite. Mais sur le plan strictement généalogique, il faut souligner qu’il y eut beaucoup d’appelés et peu d’élus.

En effet, un des objectifs du projet était de considérer un maximum de « cousinages » avérés entre participants. En définitive, les personnes qui ont pu identifier leur MRCA (Most Recent Common Ancester ou ancêtre commun le plus récent) ont été très minoritaires. Rappelons que la comparaison des 38 marqueurs du chromosome Y pour un haplogroupe identique permet de considérer une approche de cet ancêtre commun sur une échelle donnée, pour obtenir ainsi des parentés possibles.

Ce qu’il faut retenir : au cas où deux participants ont une distance génétique 0 entre eux, soit 38 marqueurs ou allèles sur 38 identiques, leur ancêtre commun le plus récent se situe, avec une probabilité de 95 %, de 0 à 9 générations. Ceci signifie que la fourchette peut s’étendre de notre époque à 1740, en comptant une moyenne de 30 ans par génération. Pour une distance génétique 1 entre eux, soit 37 marqueurs sur 38, la fourchette s’élargit de 1 à 14 générations (1590-1980). Pour une distance génétique 2, soit 36 marqueurs sur 38, l’écart se situe de 1 à 18 générations (1470-1980). Déjà à
ce niveau, sauf pour les gènes où la mutation est beaucoup plus rapide, les recherches généalogiques n’atteignant que rarement le 15
e siècle sauf pour les lignages nobles, la preuve documentaire n’est en général plus possible.

Le support essentiel en généalogie génétique est le patronyme, parallèlement aux investigations d’ordre biologique sur l’ADN contenu dans la salive des participants. Mais au-delà du 15e siècle, voire du 16e siècle, le nom porté peut varier en remontant le temps, ce qui fausse le jeu ! Autrement dit, quand l’ancêtre commun se situe, par exemple, après 1500, le risque est faible, mais si ce dernier est à trouver avant cette période et que la base des recherches se fait sur un nom commun entre deux participants, la difficulté est immense.

Les conférenciers ont exposé par le menu des cas concrets illustrant les apports génétiques et l’importance du patronyme. M. Jean Tillieux a développé sa quête d’ascendance concernant le patronyme Marotte.

Que de recherches et de tests évoqués ! En vain ? La seule chance résiderait dans la découverte d’une éventuelle déclaration de grossesse de son aïeule (le père de son quadrisaïeul Noël étant inconnu). Cet espoir est ténu car les déclarations de grossesse n’étaient pas obligatoires… (pour info, voici le portrait-robot de la déclarante : 25 ans, célibataire, milieu modeste, rurale, orpheline souvent, déracinée, endeuillée, naïve…)

Conclusion

La généalogie génétique passionne autant qu’elle déçoit. Elle est très pertinente quand la recherche documentaire est suffisante, mais elle souffre de deux faiblesses majeures :

  • Beaucoup d’approximations dans la définition de la génération de l’ancêtre commun qui peut varier énormément dans l’espace de fourchettes dont la limite est par ailleurs fort vague ;
  • le très faible nombre de participants renforce le caractère très limité de la quête généalogique.

L’insuffisance documentaire entraîne souvent l’échec, mais la preuve ADN peut apporter des trouvailles déterminantes dans les travaux de recherches.


Résumé rédigé par Léon Fassiaux, sur base de documents fournis par M. Jean Tillieux

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