Chimay : la collégiale des saints Pierre et Paul


Érigée sur la Grand-Place de Chimay, au temps des cathédrales, la collégiale compte certainement parmi les plus remarquables édifices religieux de la Province de Hainaut.
Cette église en pierre calcaire est composée d’un chœur en gothique laonnois du XIIIe siècle, d’un vaisseau en gothique hennuyer tardif du XVe siècle, prolongé par deux chapelles, gothique au nord et baroque au sud, et d’une tour baroque de la première moitié du XVIIIe siècle.

La collégiale Saint-Pierre-et-Paul de Chimay

Le chœur est la partie la plus ancienne de l’église. Daté du XIIIe siècle par les archéologues, il est avec quelques vestiges de l’enceinte médiévale, le plus vieux monument chimacien.
Son aspect général présente les caractéristiques du style gothique primitif du Soissonnais et du Laonnois. Son chevet plat se compose de trois fenêtres étroites, lancéolées à tiers point et à montants communs, surmontées d’une rosace. Ses murs en pierres de taille et moellons calcaires assisés sont assistés de contreforts.

La chapelle sud originelle fut élevée en même temps que le chœur. Transformée au cours des siècles, elle présente actuellement deux parties : la chapelle du Saint-Sacrement et un espace réservé à la sacristie.
La chapelle gothique, côté nord, achevée en 1501, a englobé l’ancienne chapelle Sainte Catherine datant du XIVe siècle et a servi au XVIe siècle de lieu d’inhumation à la prestigieuse famille des Croÿ. Aujourd’hui, elle est dédiée à Saint-Nicolas.

Le vaisseau est en style gothique hennuyer dit « tardif » (XVe siècle). En effet, le décor architectural tant extérieur qu’intérieur allie la simplicité à la sobriété. L’absence de décoration sur les chapiteaux des colonnes en est la meilleure preuve.
De hautes verrières tripartites sous arc brisé et au remplage mouluré éclairent les nefs et les collatéraux d’une douce lumière naturelle.
L’absence d’arcs-boutants, les contreforts intérieurs, la bâtière unique sous les nefs, dont les voûtes sont situées presque à la même hauteur apparentent la collégiale aux nombreuses églises de type « halle » ayant fleuri dans toute l’Europe, du XIIIe siècle au XVIe siècle.

Avant d’évoquer brièvement l’intérieur, il faut souligner un trait original de l’église chimacienne : elle fut jusqu’à la fin de l’Ancien Régime simultanément paroissiale et collégiale.
En effet, au début du XIIe siècle, un chapitre de chanoines séculiers fut fondé par le seigneur local Alard. Ces clercs, constitués en collège, incorporèrent rapidement l’église paroissiale avec ses revenus. Cependant les deux clergés cohabitèrent, non sans certains heurts : le vaisseau était la partie paroissiale, le chœur, l’espace presque exclusivement canonial.

La nef de la Collégiale Saint-Pierre-et-Paul

L’intérieur du vaisseau dégage une impression d’harmonie, d’équilibre et de robustesse. Huit fortes colonnes monocylindriques supportent les voûtes sur croisée d’ogives.
Les collatéraux abritent des chapelles décorées d’autels, de retables (XVIIe, XVIIIe siècles) et d’éléments décoratifs divers dus à la générosité des princes et des confrérie corporatives, martiales ou pieuses.

Mausolée de Charles I de Croÿ

Le plus prestigieux monument de la collégiale est le mausolée de Charles I de Cröy, premier prince de Chimay, parrain et précepteur de Charles Quint. En marbre noir et albâtre, ce gisant figure le prince en armure portant le collier de l’Ordre de la Toison d’Or.
Suspendue au grand arc triomphal, une magnifique croix gothique en bois sculpté polychrome montre le martyre du Christ.

Les vitraux néo-gothiques du chœur sont consacrés aux Saints patrons Pierre et Paul et à leur (martyre) supplice.
Sur la paroi nord, on peut aussi remarquer un taulet, sculpture votive du début du XVe siècle représentant un donateur non identifié, présenté à la Vierge par Saint Jean-Baptiste.
Tout proches du chœur sont les anciens et très beaux fonts baptismaux en pierre bleue calcaire,  oeuvre datant probablement de la fin du XVe siècle.
Le sol du sanctuaire est parsemé de nombreuses pierres tombales à la mémoire de chanoines, de clercs et de notables.
Enfin en guise d’heureuse conclusion, la chapelle Saint Antoine de Padoue (première à droite, collatéral sud) abrite la pierre commémorative du célèbre chroniqueur Jehan Froissart inhumé dans la collégiale peu après 1419. Il fut chanoine-trésorier du Chapitre et secrétaire particulier du Seigneur Gui de Blois.

Léon FASSIAUX

Bibliographie

  • DARDENNE L. , Chimay : le chapitre, la paroisse, le couvent, dans Documents et rapports de la Société paléontologique et archéologique de l’arrondissement judiciaire de Charleroi, t33, 1911, pp.70.179.
  • DESSART H., La collégiale de Chimay. Un peu d’histoire et d’Architecture, dans Publications de la Société d’Histoire régionale de Rance, tome XII, 1990,pp.153-190.
  • HUVELLE J. Inventaire du mobilier de la collégiale SS pierre et Paul à Chimay, dans Archives de la Fabrique d’église, dactylographié, Chimay, 1966.

 

 

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