Sur les traces d’un criminel de la Grande Guerre : Osckar Michelson, médecin-chef allemand


Compte rendu de la conférence donnée le 20 octobre 2021 par Raymond Verhaeghe 


Quelque 800 victimes d’un médecin allemand dévoyé, Oskar Michelsohn, avaient été dûment recensées à Effry, dans l’Aisne, dès le début des années 20. Mais, il s’est avéré bien vite que ledit praticien avait sévi, en fait, sur trois sites distincts : Dizy-le-Gros, Effry, et aussi Trélon, dans le département du Nord. Plusieurs extraits de livres, des archives assez copieuses, ont pu fournir une multiplicité de détails sur les pénibles conditions de séjour des prisonniers alliés, principalement. Des civils français et belges, affaiblis ou contagieux, des “brassards rouges” ou travailleurs forcés, ont été également réduits à séjourner à l’intérieur de ces trois hôpitaux militaires ou lazarets. Au total, il s’avère que plus de deux mille de ces internés ont succombé aux mauvais traitements. Deux conférences, l’une à Dizy-le-Gros, l’autre à Effry, ont vivement intéressé l’auditoire. Aux marges de la Champagne, les dix-huit mois de séjour du tortionnaire étaient totalement oubliés, alors qu’à Effry, il est vrai bien plus durement frappé, le souvenir est toujours resté bien vivant, même si aujourd’hui l’usine Briffault, où s’était réfugié le lazaret, est rasée. Quant à Trélon, l’excellente conservation des bâtiments industriels n’a, pour le moment, donné suite à aucun devoir de mémoire.

            Bref, pour compléter le travail biographique, il restait encore à savoir à quoi ressemblait ce curieux médecin, quel était son parcours antérieur, sa carrière professionnelle, ses motivations pour s’acharner sur ses victimes pendant plus de trois années. La solution passait, bien sûr, par des investigations à mener en Allemagne, avec un germaniste averti, en l’occurrence Yves Métivier, ancien professeur du lycée d’Avesnes.

            Cette enquête attentive n’avait pas pour but d’ajouter une biographie oubliée à la somme des connaissances historiques. Le docteur Michelsohn, “enfant terrible” d’une famille juive distinguée, subit des influences éminemment nationalistes, profère des paroles et recourt à des gestes qui en font un précurseur du nazisme. A ce propos, il est certainement regrettable que la Cour de Justice de Leipzig ait pratiqué un laxisme éhonté à l’égard des criminels de guerre, amenés à comparaître et rendre des comptes à la barre du tribunal. A chacun des jugements, cette instance judiciaire s’est fait remarquer par sa partialité systématique envers les accusés allemands. Ceux-ci sont apparus finalement comme des résistants nationaux, soutenus en toute occasion. Lors des procès initiaux de 1921, l’énoncé des verdicts a été suivi par des huées, adressées aux représentants de l’accusation. Vexés et scandalisés, nos hauts magistrats, et même les simples témoins, se sont gardé d’assister par la suite aux autres procès. De ce fait, l’année suivante, Oskar Michelsohn n’est confronté à aucun accusateur étranger. Les dépositions sont lues, les unes à la suite des autres, pendant près de quatre heures.

            Méconnue de la plupart des historiens, ce procès des criminels de la Grande Guerre est un fiasco. Comme un cancer non repéré, ou mal soigné, et dont les métastases se diffusent par la suite dans tout le corps social et politique, de façon insidieuse, la “bête immonde” du nazisme vient se greffer sur ces racines funestes. Comme l’a développé avec perspicacité James Willis dans un ouvrage anglophone, intitulé “Prologue to Nuremberg”, il existe bien un lien direct entre Leipzig et Nuremberg. Les deux fameux juristes, Hersch Lauterpacht et Raphaël Lemkin, auteurs des concepts de crime contre l’humanité et de génocide, mis en pratique pour la première fois à Nuremberg, ont très certainement entendu parler de l’échec de Leipzig. Les dures et justes sanctions infligées en 1946 font écho aux jugements bâclés de Leipzig.

            Quoi qu’il en soit, notre médecin dévoyé sort totalement blanchi de l’épreuve, reprend ses activités professionnelles, et nous le retrouvons au début des années 20, près de son cabinet berlinois, dans les quartiers huppés de la capitale allemande.

            Même s’il ne semble pas pratiquer la religion juive avec conviction, l’avènement du régime hitlérien va évidemment lui poser un problème, notamment par l’interdiction qui lui est faite de soigner les aryennes. Les nazis ne tiennent aucun compte de ses antécédents sur le front occidental et ne lui manifestent aucune gratitude pour ses méthodes passées, et diablement proches des leurs. On a vu, en effet, qu’elles s’apparentaient à plusieurs reprises aux sévices pratiqués dans les funestes camps de la mort.

            Aucune indulgence donc, quand il s’adonne à des avortements. Michelsohn ne semble plus bénéficier des hautes protections qui l’ont, à plusieurs reprises, tiré d’affaire, lors des démêlés de la Grande Guerre.

            La haine nazie, obsédée par sa judéité, s’abat sur lui et lui vaut une fin romanesque et dramatique.

Résumé aimablement communiqué et autorisé par nos Amis de la Société Archéologique d’Avesnes sur Helpe.

 


Le livre de Raymond Verhaeghe et Yves Métivier « Sur les traces d’un criminel
de la Grande Guerre : Oskar Michelson, médecin-chef allemand
» a été publié par
« Imprimerie Deshorme SPRL » en octobre 2019.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *