Le château de Beauchamps à Chimay, incendié par les Allemands le 5 septembre 1914


Compte rendu de la conférence donnée le 15 février 2017 par Christian Constant


Le prince Alphonse de Chimay

Outre le multiséculaire château érigé sur l’éperon rocheux dans la ville, il existait à Chimay un second château érigé au lieu-dit Beauchamps, en 1845, par le prince Alphonse de Chimay, second fls de François-Joseph-Philippe de Riquet, comte de Caraman, prince de Chimay et de Théresia Cabarrus (Madame Tallien). Il était né à Paris en 1810 et décédé à Bruxelles en 1865. Son frère aîné était Joseph-Philippe-Françoise de Riquet dit « Le grand Prince » (1808-1886).

Ce dernier avait reçu en héritage le château séculaire alors que Michel-Gabriel-Alphonse-Ferdinand dit « Prince Alphonse de Chimay » avait hérité les terres et bois de Beauchamps. Dans ce domaine il fera ériger en 1845 le vaste château de Beauchamps, de style néogothique anglais dit « style Tudor » couvert d’un toit en terrasse.
Entouré d’un chemin de ronde, il avait été construit plus ou moins à l’emplacement d’une ancienne ferme. Un parc l’agrémentait et de la chaussée de Mons, on accédait au château au-delà des grilles monumentales et après être passé devant un très élégant pavillon, maison des concierges. La demeure était souvent le théâtre de fêtes mondaines et fastueuses.

Le couple formé par le prince Alphonse et son épouse Rosalie de Riquet de Caraman habitait soit au château chimacien soit à l’hôtel de Caraman à Paris où sont nés leurs trois enfants. Parmi ceux-ci : Victor-Joseph-Alphonse-Frédéric de Riquet qui épousa en secondes noces Mathéa Lejeune de Münsbach. De cette union naquit notamment Thérèse-Mathilde-Marcelle-Juliette-Suzanne qui vécut à la ferme de Beauchamps au cours du 20e siècle. Alphonse était surnommé le prince bienfaisant et il était très proche des habitants de Robechies auxquels il apportait souvent de l’aide. Il assistait à la messe dominicale dans le chœur des églises de Robechies et de Bailièvre, offrant aussi divers objets du culte à la paroisse robechisienne (par exemple, une chasuble d’un poids considérable).

Le prince Alphonse, comme son frère, s’adonnait à la chasse à courre ; il entretenait une meute de soixante chiens de race normande. On ne chassait que le lièvre dont l’emblème était représenté sur les boutons de veste, les boucles de ceinture, les cheminées etc.

Le château de Beauchamps

Les princes disposaient d’un imposant personnel : institutrice, intendant, domestiques divers, gouvernante, précepteur, personnel de cuisine, personnel de ferme, etc.

L’incendie du château eut lieu dans la nuit du 5 au 6 septembre 1914, après un pillage en règle par les troupes allemandes. Divers témoignages relatent ces tristes faits :

  • Un article du journal « The New York Times » du 13 octobre 1914 où il est question d’une lettre écrite au bourgmestre Max par le prince Alphonse où il décrit le sac de son château : une ruine complète sans trace d’un quelconque objet.
  • Un autre témoignage : une conférence donnée au collège d’Eton par le prince Alphonse II au cours de laquelle il relate son arrivée à Chimay au château du prince Joseph de Caraman de Chimay, occupé par l’état-major allemand. Il apprend entre autres que son château est ruiné. Il retourne à Bruxelles pour rapporter au maréchal Von der Goltz ce qu’il a appris. Ce dernier remet au prince Alphonse une lettre enjoignant au commandant allemand de Chimay de fournir tous les renseignements demandés. Il s’ensuit une entrevue très musclée au cours de laquelle le prince Alphonse tient tête au commandant et exige un repas…

Pour la petite histoire, il récupéra aussi une des quatorze voitures volées par les Allemands.

Le château sera reconstruit mais peu habité. En mai 1940, un état-major français s’y installa puis un poste de commandement allemand lui succéda et fut bombardé par l’aviation anglaise. Après 1945, le château fut abandonné et démoli. Le domaine fut mis en vente et morcelé.

Le prince Alphonse Ier et son épouse reposent dans la crypte de la collégiale de Chimay et leurs épitaphes sont fixées sur le mur oriental de la chapelle Saint Nicolas. Dans le cimetière de Chimay, le monument funéraire d’Alphonse II (+1928) est en mauvais état mais un projet de restauration est en cours.

Sépulture du prince Alphonse Ier et de son épouse dans la crypte de la collégiale de Chimay

La ferme de Beauchamps

Rappelons que c’est sur son emplacement que fut construit le château. C’était un domaine considérable déjà mentionné en 1623 comme propriété du Sieur de Bruisle, puis de M. de Haucron. De nombreuses charges pesaient sur la cense : redevances au Chapitre de Chimay, à la Maladrerie, etc.

En 1629, la propriété est vendue aux Dubray de Chimay puis dans le courant du 18e siècle, Laurent de Lescoufe, prévôt de Chimay, en ft l’acquisition. Au 19e siècle, Beauchamps appartenait au chevalier de Boschaert et enfn au prince Alphonse de Chimay.

La ferme de la Burette (l’autre ferme)

 

La ferme de la Burette

Victime d’un incendie en 1956, elle existe toujours à environ 200 mètres de l’emplacement du château. Elle est très ancienne (1465/1509). « La Burette » désignait un lieu-dit où se trouvaient des prés, des terres, des carrières situées le long du chemin de Beaumont en face du chemin de celui de Robechies (Plan de Croÿ). Cet ensemble comportait 10 chambres pour le personnel ; une girouette sur le toit fait apparaître les lettres A et C. La ferme a été exploitée entre 1953 et 1982 par M. Alfred Poucet. À gauche de ce bâtiment, se situe le logis du jardinier occupé par les princesses Mathéa et Thérésa lors de leurs séjours à Chimay. Citons encore trois vastes jardins emmuraillés, une serre chauffée, une orangerie, une forge avec une taque de cheminée (marquée A et C) et un oratoire. En face du restaurant « Le Beauchamps » se situe une jolie maison en pierre, appelée le chalet et ornée des armes du Prince Alphonse : c’était la demeure du gardien du parc vallonné. Il existait aussi une glacière au château, avec une belle voûte en briques. Par l’ouverture, on introduisait les blocs de glace, sciés par le personnel dans l’étang gelé, afin de conserver la viande, le gibier et le poisson. Le château était alimenté en eau par une pompe aspirante actionnée par un cheval, à partir d’un puits surmonté d’une citerne. Ce château de Beauchamps, un peu mystérieux par la méconnaissance qu’on en a est en quelque sorte ressuscité grâce à cet exposé.

 


Résumé rédigé par Léon Fassiaux d’après l’article paru dans la revue En Fagne etThiérache


 

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *