Les rites et pratiques funéraires à travers les siècles (seconde partie)



Compte rendu de la conférence donnée le 16 mars 2016 par André Colonval


A. Aperçu chronologique – Préhistoire

— Âge de la pierre taillée (Paléolithique) : l’homme apparaît en Afrique orientale (2,5 à 1,5 millions d’années) ;

— Paléothique inférieur (entre 1,5 million et 500 000 av. J.-C.) ;

— les premiers hommes véritables (Homo erectus → les régions tempérées) ;

— – 500 000 – maîtrise du feu – chasse

— Paléolithique moyen (de – 300 000 à – 35 000) : l’homme de Néanderthal, le premier à enterrer ses défunts, et puis l’homo sapiens (homme moderne).

— Paléolithique supérieur (- 40 000 av. J.-C.) :

— homme de Cro-Magnon ;

— outils perfectionnés.

— Mésolithique (- 9 000 à – 5 300) :

— amélioration climatique – apparition du chien – chasse – pêche – cueillette, petits outils, arc ; — vestiges rares (Semois).

— Néolithique (- 5 300 à – 2 100) : la pierre polie ; suivent l’âge du bronze et l’âge du fer. 

B. Histoire de l’homme

Dans nos régions, traces humaines d’homo erectus vers – 120 000 au Paléolithique moyen (usage du silex).

C. Les Néanderthaliens

Ce sont des chasseurs-cueilleurs nomades, les premiers à inhumer leurs morts et à fabriquer des outils en pierre. Ils essayèrent de maîtriser leur destin. Vers -32 000, on assiste à la disparition de l’homme de Néanderthal qui laisse progressivement la place à l’homme de Cro-Magnon ou Homo sapiens ou homme moderne (Lascaux).

— L’homme de Spy : -36 000 ans avant notre ère ; découverte de deux individus (juillet 1886), ce sont des néanderthaliens adultes : un homme, 1.53 m, et une femme à l’aspect plus gracile.

— Le conférencier propose la comparaison de deux crânes : le crâne de l’homme de Spy avec sa forme aplatie et allongée sans front et sans menton et celui de l’homme de Cro-Magnon, plus arrondi et plus court (apparition du front et du menton). C’est le crâne d’un homme nouveau très proche de nous, Cro-Magnon montre les progrès de l’hominisation.

Homme de Spy

Homme de Cro-Magnon

— Ils pratiquaient la chasse collective au gros gibier (rennes, chevaux, éléphants, mammouths etc….) à l’aide d’un javelot.

— Ils cuisaient les quartiers de viandes sur des roches que l’on chauffait, les braises étaient ensuite écartées pour déposer la viande.

— Ils construisaient des huttes, sorte de tentes réalisées à l’aide de branchages et de peaux de bêtes.

— Découverte d’une étrange sépulture circulaire, surmontée d’un dôme de terre, où fut enseveli un enfant.

— Autres découvertes :

— à Couvin : le trou de l’Abîme ; on y découvrit (en 1984 – Pierre Cattelain) une molaire humaine (une dent de lait d’un enfant de 5 à 6 ans). C’est le premier fossile néanderthalien belge.

— Dans la grotte Walou à Trooz (Liège) : découverte d’une prémolaire d’un sujet adulte ; 

— la grotte Scladina à Sclayn où on a découvert en 1993 une hémimandibule droite et quelques dents d’un enfant néanderthalien.

D. Le Néolithique (-5300 à -2200)

L’homme devient sédentaire (agriculture et élevage) et vit en communauté. Il creuse des minières dans les gisements de silex (Spiennes). L’outillage en pierre polie et la poterie se généralisent.

Les coutumes funéraires :

— -3000 ans avant notre ère, les agriculteurs néolithiques déposaient leurs morts dans des grottes mais le traitement le plus fréquent était l’inhumation dans des cimetières, dans des cavités naturelles ou à l’intérieur de grands monuments appelés dolmens.

— Au néolithique final (vers –2800, -2500), les tombes sont collectives et variées. Les allées couvertes mégalithiques étaient formées de menhirs, grandes pierres dressées marquant la présence de tombes souterraines. On édifie des tombeaux collectifs enfouis sous un monticule de terre dénommé tumulus.

— Les marchets : En Fagne et Famenne, les populations pratiquent l’inhumation et l’incinération sous des tombelles de pierres appelées marchets. Ce sont des monticules de pierres, de taille variable, de forme circulaire, de 50 cm à 1 m de haut et de 3 à 18 m de diamètre. (Frasnes, Dourbes, Matagne-La-Grande, Roly, Petigny, entre Lompret et Baileux). Certains datent de l’âge du bronze et d’autres de la fn de l’âge de fer. Les marchets de la Terre David à Olloy, fouillés en 1988-89.

— Le marchet no 1 d’Olloy (18 m de diamètre, 1.65 de haut) a livré des découvertes exceptionnelles : un squelette humain accompagné d’un mobilier funéraire (pointes de flèche en bronze, et un vase en terre cuite). Cette découverte prouve qu’une partie des marchets appartient à l’âge du Bronze.

— Le marchet de Fagnolle no 2 Diamètre : 8 m, hauteur : 0,90 m ; deux inhumations, un vase, une tasse, une pointe de flèche en silex et une perle d’ambre rouge.

— La grotte Ambre à Matagne-La-Grande Il s’agit là d’une sépulture collective de la civilisation Seine-Oise-Marne datée d’environ 2500 ans avant notre ère. Cette culture s’est développée à la fin du Néolithique, de -3000 à -2000 et a persisté jusqu’à l’âge du Bronze ancien, vers -1100. Elle est caractérisée par des constructions mégalithiques d’allées sépulcrales (avec vestibule précédant la chambre d’inhumation). Le mobilier associé est constitué d’outils en silex poli et de céramiques grossières.

— Les dolmens sont des pierres énormes posées horizontalement sur autres blocs « verticaux ». Ce sont des sortes de grottes artificielles. Ils contiennent toujours plusieurs squelettes.

— Les menhirs sont des pierres dressées isolées ou regroupées en alignements ou cercles. Ils servent surtout à structurer l’espace avec un caractère symbolique et rituel (Wéris – organisation du paysage).

— Autre pratique au néolithique : le décharnement pré-sépulcral des corps. Les ossements ainsi nettoyés étaient déposés dans des grottes, des abris sous roches ou des chambres (les dolmens). Ils ont aussi pratiqué vers la fin, l’incinération. Les défunts étaient pourvus de nourriture, d’armes et autres objets.

E. Les Celtes – l’âge du fer – les nécropoles

— Les nécropoles à tombelles : plus de 80 tertres éparpillés de façon désordonnée. Ce sont des sépultures à incinération. Le tertre était élevé à l’emplacement du bûcher sur les restes humains accompagnés d’objets (Limes-Bellefontaine).

— Les Celtes avaient l’habitude d’enterrer leurs morts avec des effets personnels et des offrandes.

— La nécropole de Warmifontaine avec la découverte d’une tombe à char à deux roues. Le mort est couché sur la caisse du char, la tête entre les deux roues. La tombe contient aussi des armes, une fibule, un brassard et une situle. A partir du mobilier, les archéologues déterminent le statut social du défunt. Avec ces tombes à char, nous nous situons aux 5e et 4e siècle avant J.-C. Une tombe à char marque l’appartenance du défunt au rang hiérarchique le plus élevé. Voisinent avec ces tombes, dans la même nécropole, de simples tombes.

Tombe à char

Les guerriers décapités de Ribemont

Fig. 12 Tombe à char

Fig. 13 Les guerriers décapités de Ribemont

— Les guerriers décapités de Ribemont. Le site de Ribemont vient révéler des rituels funéraires insoupçonnés dans le monde celtique : les enclos sacrés de Ribemont où eut lieu une bataille à mort entre deux tribus celtes. Il y avait un sanctuaire des vainqueurs et un « trophée » des vaincus où les corps décapités étaient suspendus à des portiques pour sécher. Les os, une fois broyés servaient d’offrande aux
divinités chtoniennes.

F. Les Gallo-Romains

— La crémation domine longuement aux 1er et 2e siècles pour céder progressivement la place à l’inhumation (préparation du mort, cortège funèbre jusqu’au cimetière où on a élevé un bûcher, repas à proximité du bûcher, sacrifice d’une truie pour la divinité, le défunt et les célébrants etc. En Belgique, tout cimetière à incinération est un cimetière romain (rarement de l’âge de bronze). Dans l’urne cinéraire figuraient aussi des ossements d’animaux brûlés. Les nécropoles étaient situées en périphérie.

— Le rite de la crémation est abandonné au 3e siècle pour l’inhumation mais fondamentalement cela ne bouleverse pas les pratiques funéraires.

— Un mot des restes incinérés dans les tombes : une grande diversité se remarque dans le traitement des ossements brûlés.

1. La tombe bûcher, sorte de fosse avec au-dessus un bûcher

2. Chez nous : beaucoup de bûchers individuels. Parfois, on aménageait une aire de crémation collective.

3. Tombes à urnes ou à vase ossuaire (récipient céramique, en bois, en verre ou en plomb).

— Citons encore les tombes à inhumation au « Tienne Del Baticule à Nismes » (v. Musée du Malgré Tout avec une tombe reconstituée en vitrine, avec autour du défunt une série d’objets extraordinaires). On y a découvert de superbes pièces datées du 5e siècle. C’est l’offrande funéraire, appelée obole à Charon (rite grec très ancien).

— Citons aussi la nécropole gallo-romaine à Robechies renfermant de très beaux objets (fibules, broches, bagues, pièces de monnaie datées du 2e siècle de notre ère. Citons encore les tombes à coffre au hameau de « Four Matot » à Macquenoise. Ainsi furent mises à jour des pierres carrées en arkose contenant chacune des urnes. C’était des tombes à ustion (incinération). Au total, une vingtaine de tombes auraient été extraites. C’était un petit cimetière du début du 2e siècle.

— Les tumuli : ce sont des monticules de terre de forme conique élevés au-dessus d’une sépulture (en Hesbaye, notamment). Ce sont des tombes de personnages importants (p. ex. des riches propriétaires de villas) (Voir le tumulus de Roly ou les tumuli en Hesbaye).

 


Compte rendu rédigé par Léon Fassiaux.


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