Sainte-Chrétienne – Pourquoi des religieuses françaises ont-elles enseigné à Chimay, de 1904 à 1981 ?


Compte rendu de la conférence donnée le 19 janvier 2022 par Françoise Fassiaux


Plan de l’exposé

1. La révolution française.

2. Les conséquences des Lois Combe.

3. Fondation de Sainte-Chrétienne.

4. Les bâtiments, l’internat, les cours.

5. Sainte Chrétienne et la vie chimacienne.

6. Aujourd’hui.

 

1. La révolution de 1789 et ses conséquences sur l’enseignement en France

En 1789, la Révolution française (période de 10 ans) met fin à l’Ancien Régime en France et réforme complètement la société. Elle commence par l’ouverture des États généraux en 1789 et se termine par le coup d’État du 18 brumaire, en 1799.

Le Serment du jeu de paume

La Révolution entreprend d’éliminer les traditions et les croyances religieuses. En février 1790, les congrégations monastiques sont supprimées et leurs biens confisqués. Les évêques et les prêtres sont désormais élus par le peuple et rémunérés par l’État. Les membres du clergé prêtent serment à la Constitution. Les « réfractaires » doivent démissionner de leur charge.

S’en suivent toute une série de dommages et de destructions des lieux de cultes En 1795 est décrétée la séparation de l’Église et de l’État.

En 1801, le concordat signé entre Napoléon 1er et le pape Pie VII a pour but de restaurer le culte catholique en France et de pacifier les choses : il reconnaît le catholicisme comme la religion de la majorité des Français (mais ce n’est plus la religion de l’État).

La signature du Concordat par Pie VII et Napoléon Bonaparte, le 16 juillet 1801

Le Concordat de 1801 restera en vigueur jusqu’en 1905, date à laquelle il n’est plus reconnu par la France après le vote de la loi de séparation des Églises et de l’État.

2. 1900 : les Lois Combes et leurs conséquences sur l’enseignement

En 1879, 100 ans après la révolution, Jules Ferry, ministre de l’instruction publique défend l’école publique et veut réduire le poids de l’enseignement catholique. Il est l’auteur des lois restaurant l’instruction obligatoire et gratuite et reste reconnu vu comme le promoteur de « l’école publique laïque, gratuite et obligatoire, la suppression de l’enseignement religieux à l’école primaire gratuite, l’accès à l’enseignement secondaire pour les filles.

Jules Ferry

En 1886, la loi Goblet interdit aux maîtres congréganistes non « reconnus » d’enseigner dans les écoles publiques.

Les lois du 1er juillet 1901 et celle du 7 juillet 1904, entraînent la suppression des congrégations non autorisées qui ne peuvent ni enseigner ni tenir un établissement. Un inventaire des biens du clergé est dressé avant leur rétrocession à la République et aux associations culturelles ! En 1902, Émile Combes, premier ministre, appliquera la loi pure et dure. Il ordonne la suppression de 2 500 congrégations françaises non autorisées et la confiscation de leurs biens. En 1906, le ministre de l’Intérieur, Georges Clemenceau, décide de renoncer aux opérations d’inventaire suite à des bagarres meurtrières.

3. La fondation de la Congrégation Sainte-Chrétienne

La Congrégation Sainte-Chrétienne est fondée par un couple, Alexis et Anne Méjanès, qui habitait Argancy le long de la Moselle, en France. Dès 1789, très croyants, les Méjanès, prennent le parti des prêtres non-jureurs et persécutés. Leur maison d’Argancy devient un lieu d’asile et de rendez-vous pour des assemblées religieuses nocturnes et secrètes.

Anne et Alexis Méjanès

En 1800, à la mort de son mari, Mme Méjanès se consacre à Dieu et fait de son association une véritable congrégation qui portera le nom de Sœurs de Sainte Chrétienne en l’honneur de Sainte Nina ou Nino, surnommée Sainte-Chrétienne. Au 4e siècle, elle a christianisé la Géorgie. Nino ou Sainte Chrétienne est considérée dans la religion catholique à l’égale d’un apôtre. Le 12 août 1807, les statuts fondamentaux sont approuvés par décret impérial. La congrégation compte 45 Maisons quand Mme Méjanès meurt le 2 octobre 1837.

4. Bâtiments, internat, cours à Chimay

La première partie du bâtiment de l’actuel Institut Sainte-Chrétienne de Chimay est construit en 1901 par l’architecte français Chantran. Mis en vente en 1903, il est acheté par les sœurs de Sainte Chrétienne de Metz qui devaient s’exiler pour poursuivre leur enseignement, interdit en France. Elles y resteront 75 ans de 1904 à 1981.

Durant la seconde guerre mondiale, les sœurs soignent les blessés et participent à la Résistance, notamment en hébergeant des enfants juifs et des maquisards. Paul Pitermann et de Joseph Szlizinger, font partie des enfants juifs ont survécu à l’holocauste en étant cachés à Chimay. Les Maquisards cachés dans les bois de St-Remy ou à Rièzes venaient aussi se reposer, se nourrir et se laver dans les caves de l’école.

L’enseignement spécialisé à Chimay

En 1980, les sœurs de Sainte Chrétienne de Metz arrêtent la formation de jeunes françaises et mettent en vente le bâtiment de Chimay, bien agrandi. Le nombre de religieuses n’avait cessé de diminuer et l’argent était de plus en plus difficile à trouver. En 1981, l’école française ferme ses portes, les sœurs de Sainte Chrétienne quittent Chimay. Elles s’en iront éparpillées dans diverses communautés de France ou d’ailleurs.

En 1982, l’Institut Sainte-Chrétienne consacré à l’enseignement spécialisé ouvre ses portes : c’est le seul établissement qui porte encore ce nom dans notre pays.

Aujourd’hui, selon les capacités des élèves, ils sont accueillis de 3 à 21 ans et peuvent se former en agronomie, en construction, hôtellerie, économie (auxiliaire de magasin par exemple). Près de 300 élèves suivent les cours de cet établissement.

5. Sainte Chrétienne et la vie Chimacienne

L’utilisation « culturelle » du bâtiment des Sœurs a été appréciée de beaucoup de Chimaciens : salle des fêtes, chapelle musicale au temps du Dr Lambiotte, classes de danse (Houben), Jeunesses musicales, Midis de la Poésie, départ de nombreuses activités sportives et sociales ( trails, courses, marches, activités liées à Télévie,…).

6. Et aujourd’hui ?

À Chimay, l’école Sainte Chrétienne a bien évolué, les élèves sont nombreux et bénéficient de cours adaptés. À Metz, une école a été fondée en 1822 par la Congrégation des Sœurs de Sainte Chrétienne. Aujourd’hui, il a fusionné avec l’ensemble scolaire Anne de Méjanès qui garde le nom de la fondatrice de la Congrégation des Sœurs de Sainte Chrétienne, depuis 1990.

Pour les illustrations, consulter le support visuel Powerpoint utilisé pour la conférence qui sera disponible à la demande.

Françoise FASSIAUX

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.