Les mots pour le dire



Compte rendu de la conférence donnée le 24 avril 2019 par Philippe Tabary


Il s’agit d’une plongée dans notre langage quotidien, une sorte d’inventaire non exhaustif d’expressions populaires ou savantes parfois oubliées, déformées ou détachées de leur contexte d’origine et dont le sens nous échappe le plus souvent. Elles vous seront expliquées – ou pas !
À vous de chercher l’histoire de la sardine qui a bouché le port de Marseille ou pourquoi on disait autrefois «
il s’est marié à la mairie du XIIIe » ou encore que signifiait l’expression pendant la guerre « se faire appeler Arthur ».
Voici, parfois organisées, parfois pêle-mêle, une multitude de mots ou d’expressions que M. Tabary nous a livrées avec son enthousiasme et son humour habituels.
Étonner formidable hécatombe (100 victimes) – décimées (1/10), excessivement extrêmement : ont subi des affaiblissements de sens ;
chance = risque négatif, « tu risques de gagner » (antinomique).

Mots malheureux

— « Aux quatre coins de l’hexagone » (Christian Fouchet, ministre) ;
— «
c’est la goutte d’eau qui a mis le feu aux poudres ».

Mots réapparus

Bouffon – bluffer ;
baise-moi (Louise Labbé) signifiait donner un baiser, embrasser ;
collation = repas sans boisson ;
rentrer, utilisé pour « entrer » ;
voix au chapitre ;
peu me chaut (verbe chaloir, nonchalant).

Belgicismes

— Confusion entre savoir et pouvoir (belgicisme) ;
— «
maman, je suis en chaleur » pour « j’ai très chaud » ;
kermesse (kerk mis) ;
dringuelle – drink geld ;
pistolet (petit pain coûtant une pistole).

Constatation , …à chacun son métier : les mots militaires viennent souvent de l’allemand, les mots sexuels viennent souvent de l’italien, les mots gastronomiques du français.

Encore et encore :

— un « grouchy » = un article de journaliste en retard ;
en stoem(m)eling = en douce, « stum » en allemand = muet, donc « sans rien dire » ;
escavêche : de « ex cabeza » = couper la tête ;
estaminet : de « stam tisch », stam = tranche de tronc autour de laquelle on s’assoit ;

Wallon et anglais :

gate, goat ;
reluquer , to look .

Vocabulaire de la chasse (couloir d’un endroit à Gien)

De haut vol ;
chaperonner (mettre une coiffe sur une cage) ;
niais (tombé du nid) ;
faire carrière (par paliers) ; des carrières = des paliers ;
donner le change (cerf qui change de direction)

Les jeux

Jeu de paume, …

il l’a échappé « belle » pour « balle » ;
faire un beau renvoi ;
tennis de « tenez » ;
épater la galerie ;
enfants de la balle = enfants des gardiens qui ramassaient la balle ;
faire faux bond ;
haut la main ;
damer le pion ;
prendre une veste = ne pas être réélu
embrasser Fanny (photo d’un cul de femme dans un local) = prendre un vieille (11-0).

Vieux mots

Belle lurette (lurette = diminutif de « heure ») ;
faire la manche = quémander ;
donner sa manche = amovible ;
chercher noise ; noice (bruit).

Encore !

Par cœur : cœur considéré comme le siège de la mémoire ;
au grand dam = dommage ;
pauvre hère ; hert = le cerf (qui erre) ;
chez ma tante pour désigner le Mont de piété ;
un remède de bonne femme, « femme » = fame, c’est-à-dire « réputé, fameux » ;
une vie de patachon (= petite diligence) ;
semer la zizanie (= ivraie en grec) ;
faire grève est à l’origine « chercher du travail » (grève = rive) dans un port ;
aux calendes grecques = jamais, à la Saint Glinglin
ramdam = ramadan ;
faire le mariole = le grognard ;
faire chou blanc pour « coup-blanc » = rater
le coup de l’étrier ;
à la fortune du pot = marmite où l’on mettait toutes sortes de choses, souvent médiocres.

L’argent

De bon aloi = de bon alliage ;
l’argent n’a pas d’odeur (l’empereur Vespasien avait instauré une taxe sur les urinoirs ! cela coule de source…) ;
du toc (bruit qui indique peu de valeur) ;
maille à partir = à partager (maille = la plus petite monnaie existante) ;
monnaie de singe (les bateleurs faisaient un « tour » avec leurs singes pour obtenir une entrée gratuite) ;
tune = monnaie de Tunis ;
besant d’or (en fait besant = Byzance) ;
pognon = ce qu’on a dans la poigne ;
patraque vient de « pataca », monnaie sans valeur ;
roublard : qui paie en rouble ;
fifrelin vient de « fiferling » = girolle ;
sur son 31 = un drap de Trente ;
chahuter = crier comme un chat huant ;
fine fleur = la meilleure farine ;
joindre les deux bouts = faire la soudure entre deux récoltes ;
— loucher =
avoir un œil dans le cerisier, un autre dans le panier ;
sucrer les fraises = trembler en mangeant ;
s’en mettre plein la fraise (collerette) ;
jeter le gant = abandonner, dans un tournoi ;
aller voir le roi de Prusse (ou chez Jules !) ;
ne pas être dans son assiette = cavalier mal assis ;
cambrioler = entre dans la « cambre » = camera = chambre ;
couyon vient de coi (tranquille, timide), rien à voir avec « couilles ».

Autour de Paris et d’ailleurs

Être au Pont Neuf = faire le tapin ;
revenir de Pontoise = avoir l’air ahuri ;
se chauffer à « l’espagnole » = avoir la syphilis ;
les olives de Poissy = les testicules ;
aller à Rouen = aller à sa perte (Jeanne d’Arc y fut brûlée ») ;
le soissonnais = le clitoris.

L’amour

Épouser de la main gauche ;
cocu = coucou, oiseau qui utilise le nid d’un autre ;
avoir vu le loup = faire l’amour ;
biscuit = le sexe masculin (bistouquette) ;
veuve poignet = jeu de mots sur la guillotine qui décalotte ;
sainte Nitouche = demoiselle qui « n’y touche pas ».


Résumé basé sur les notes prises par Léon Fassiaux.

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