La Chapelle Notre Dame de Bonne-Pensée à Pesche



G. Baudet & A. Renier


Compte rendu de la conférence donnée le 19 novembre 2014

1.1 Rappel historique

En 1569, Henri de Ghoor prend possession du château de Pesche, baronnie née au 16e s., d’un démembrement de la terre de Florennes. Sa mort laisse deux héritiers, Herman et Françoise. Herman meurt en 1594, sans enfant et Françoise, épouse d’Herman Dietrich de Milendonck, hérite de tous les biens des Ghoor qui entrent donc par son mariage dans la famille des Milendonck. À la mort de Françoise en 1604, c’est son fils Jean, dit Kraft, qui devient baron de Pesche. C’est le début d’un conflit familial car Adolphe, frère de Kraft, convoite la moitié des biens de Françoise, sa mère. Kraft meurt très jeune en 1607. Son héritage passe à son fils Claude Herman. Mais Adolphe en 1622 obtient la moitié des biens de Françoise et est reconnu baron par la Cour de Pesche. Insatiable, il finit par accaparer tous les biens de son neveu Herman qui ne l’entend pas du tout de cette oreille et parvient après moultes péripéties judiciaires à récupérer la baronnie de Pesche en 1634. C’est enfin la paix retrouvée nécessaire à une bonne gestion du domaine ! Pour célébrer la réconciliation et aussi une convention importante signée avec les bourgeois de Pesche, Claude Herman fait construire en 1646 la Chapelle de Bonne-Pensée.

1.2 Architecture

1.2.1 Extérieure

La chapelle constitue un ensemble en moellons assisés de calcaire, intégré dans le paysage et bordé d’une haie de tilleuls. Un clocheton carré coiffe une toiture d’ardoises. Les fenêtres chaînées sont fortement ébrasées vers l’extérieur et une porte à linteau droit est surmontée d’une dalle avec le chronogramme 1646. La façade en deux registres comporte une lourde porte surmontée d’une dalle (date de 1646) et une vierge du 20e s. nichée dans une fenêtre murée.

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Figure 1.1 Vue d’ensemble et détail de la vierge au dessus de la porte

1.2.2 Intérieure

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Figure 1.2 Les fonts baptismaux et l’autel, réalisations d’un artiste contemporain

Citons successivement un bel autel à portique, un banc de communion, un jubé, une toile de l’Immaculée Conception, deux pierres tombales (Gilles Marchant et épouse, Jean de Serre et compagne 1650), une peinture représentant un enfant qui tend les bras rappelant un miracle ayant eu lieu en 1790 et enfin une voûte lambrissée ornée de 36 panneaux peints représentant les saints.

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Figure 1.3 Pierres tombales de Gilles Marchant et de Jean de Serre

1.3 Le plafond à saints

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Figure 1.4 Vue d’ensemble du chœur et du plafond de la chapelle

Rappelons brièvement que le culte des saints intercesseurs, lié évidemment aux reliques, existe depuis les 4e et 5e siècles, qu’il s’est intensifié au cours des siècles pour devenir excessif au point de provoquer la réaction protestante au 16e siècle (Luther et Calvin) qui désigne le seul Christ comme médiateur. Survient alors la Contre-Réforme catholique qui va redonner une impulsion à l’église et au culte des saints tout en rectifiant les abus (Concile de Trente).

C’est dans la poursuite de ce mouvement au 17e siècle que se place la réalisation du plafond à saints de Notre Dame de Bonne-Pensée.
Les plafonds à saints ont été nombreux au 17e siècle dans l’ancien diocèse de Liège, grâce à des généreux donateurs très riches mais grâce aussi aux contributions plus modestes de fidèles et de pèlerins. Beaucoup ont disparu. Subsistent, outre celui évidemment de Bonne-Pensée, celui célèbre de Notre-Dame de Foy et celui de Matagne-la-Petite.

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Figure 1.5 Le plafond à saints : détails

Le plafond de Pesche correspond comme les autres au programme iconographique de la Contre-Réforme : glorifier l’Église catholique à travers ses saints et réaliser une prédication par l’image pour un public analphabète. L’ensemble actuel propose la représentation de 36 saints. Autour de lui, une série de 28 panneaux ne contenant aucune image. Inachèvement par manque d’argent ? Certains donateurs figurent nominativement, d’autres sont identifiés comme venant de Couvin (Les Marchant par exemple et leur entourage social). Les auteurs sont d’origine locale (Chimay ? Couvin ?)

Sur le plan esthétique, le plafond est remarquable et révèle une très grande qualité picturale. Les deux rangées centrales sont occupées par les Apôtres qui forment une sorte de procession conduisant à l’autel, symbole du Christ.
Aux côtés des Apôtres, figurent entre autres sainte Barbe, saint Martin, saint Étienne, saint Éloi, saint Hubert, saint Nicolas, saint Ignace, saint Germain, saint Jean-Baptiste, saint Joseph, saint Louis, saint François d’Assise, la Vierge du Mont Carmel, sainte Monégonde (Chimay), sainte Catherine, saint Charles Borromée (Contre-Réforme), sainte Thérèse d’Avila, etc.
Il est évidemment impossible ici d’évoquer la vie, la représentation et le patronage de tous ces saints.

1.4 Vie de la chapelle au cours des siècles

Une fois la chapelle construite, une confrérie est créée en 1648.
La chapelle est entretenue sur fonds propres par la paroisse ou par des contributions de divers locataires. En 1789, c’est la Révolution française. La chapelle est mise en vente en 1797. Un certain J.-B. Colard est mentionné comme propriétaire. En 1820, des réparations sont faites, payées par les curés. En 1861, la chapelle doit être restaurée. Elle le sera grâce à une souscription organisée par l’abbé Oger. Y figure notamment une somme de 300 francs allouée par le Duc de Croÿ.
A la fin du 19e siècle, la chapelle va connaître les années les plus noires de son existence. C’est dans le contexte conflictuel bien connu – catholiques contre anticléricaux et vice-versa – que la chapelle va être au centre de polémiques concernant le problème de sa propriété. L’abbé Robeaux sera l’auteur principal dans cette affaire et défendra les droits de la Fabrique face à l’attitude très intéressée du pouvoir communal. Il est au four et au moulin, retraçant l’historique de la chapelle à maintes reprises, cherchant des appuis partout, écrivant à la Députation permanente. Les deux camps (Commune-Fabrique) défendent avec acharnement leurs prétentions à la propriété. Cul-des-Sarts et Brûly de Pesche laissent la propriété de la chapelle à la Fabrique.
En août 1894, la Fabrique d’Église s’oppose à la vente annoncée par le pouvoir communal du terrain et de la chapelle. La vente est finalement annulée. Le conflit trouvera son épilogue en 1896 à la faveur de l’installation d’un Conseil communal à majorité catholique en 1895.
Un contrat est signé avec la Fabrique qui acquiert la propriété de la chapelle mais doit pourvoir à son entretien et payer les contributions et assurances avec ses ressources propres.
Ce contrat est approuvé par la Députation permanente le 1 mai 1896. Notre-Dame de Bonne-Pensée vit dès lors en paix. Divers travaux de restauration seront réalisés au 20e siècle notamment dans les années 50-55. En 1982, la chapelle est classée par la Commission Royale des monuments et des sites. Au cours des années 1990, elle se dégrade fortement mais après pas mal d’inquiétudes, elle sera restaurée en l’an 2000 et fait toujours l’objet d’une grande dévotion.

(Ce texte a été établi sur base des articles parus en 1998 et 1999 dans la revue « En Fagne et Thiérache » et signés par G. Baudet, J.B. Lefèvre et les élèves de l’école communale de Pesche.)

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